• Introduction

    Ruddy Candillon est né en 1973 à Paris. Il développe une pratique plastique en autodidacte et entre à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1995. Il vit et travaille à Paris, et voyage le plus souvent possible.

    Dans son travail, il se laisse guider par l’expérience directe. Peinture de rue, photographie, mix sonore, multi-projections pour des soirées - son travail plastique est un rapport au monde et aux autres, et s’instruit de principes nomades, principes des circulations urbaines et de l’autonomie.

    Ses photographies conservent l’énergie et le mouvement de la peinture à la bombe, l’écriture aggrandie dans des gestes aux prises avec l’architecture, cette fois avec la lumière pour instrument, sur la pellicule.

    L’écriture lumineuse de Ruddy est une tentative d’inscription de la rapidité, et fait la fiction d’un hyperdéveloppement du nerf optique, et d’une sensibilité tactile, dermique à la lumière.

    Ses trajectoires échappent à la traçabilité du monde contemporain, transparent, schyzophrêne et auto-surveillé.

    Aussi, plusieurs mondes cohabitent dans ses images lourdes et oniriques, qui retracent le voyage accompli pendant la prise de vue : un laps de temps qui se déplie. Prises de vue pendant lesquelles plusieurs vitesses relatives s’inscrivent, font fission, se délayent ou se superposent, portant les images à des distorsions, condensations, précipités ou étirements.

    Des phénomênes téléscopés, une certaine étrangeté, sont devenus lisibles dans ces images, la matérialité des choses et des êtres s’est déplacée, et à leur approche quelque chose nous trouble. Aussi, ses photographies nous permettent de le suivre momentanément dans sa vie quotidienne - voyages, fêtes, amitiés et visiblement, la musique.

    JPEG - 46.3 ko

  • Lucioles

    Ce qui différencie Ruddy Candillon des autres peintres, c’est qu’il invente des outils qui peu à peu révèlent le support plutôt qu’ils ne le modifient. Il commence par heurter les murs, les agresser et les embellir à la bombe aérosol. Le mur, quel que soit sa couleur, ses aspérités se plie à la pulvérisation colorée de la bombe. Mais son goût pour expérimenter l’espace et qu’il satisfait par des interventions sonores et musicales en tant que D.J, ne peut se développer avec la même efficacité sur l’étendue bi-dimensionnelle des murs.

    Il décide donc de peindre avec des faisceaux lumineux et colorés les lieux de rencontre les espaces et les êtres transmués par les éclairs, faisceaux et autres lasers. Les nuits deviennent des fonds sous-marins et la faune est surprise, colorée et remuée au-delà de toute attente par le chatoiement des lumières.

    Il faut donc imaginer Ruddy Candillon en train de se livrer à la danse urgente d’un arpenteur devant un appareil photographique dont l’œil est ouvert sans préoccupation de temps.

    Ce qui est visible pour le spectateur n’est pas le résultat passif d’une image qui serait venue adhérer à la pellicule. Sa photographie serait plus proche d’une écriture colorée, d’un "tag", qui au lieu de nier l’identité des choses et des êtres pour n’affirmer qu’une signature, délivre simultanément tous les parcours d’une chasse aux trésors dont le butin, ses joailleries, serait la trace même du parcours.

    Il se peut que la clarté des espaces contemporains, leur transparence ne soient que le reflet d’une opacité plus redoutable. En nous éclairant avec sa lampe de mineur sur le front, Ruddy Candillon rappelle qu’il nous reste à explorer sans fin la part de l’ombre qui chaque jour se lève en nous et qui seule contient des promesses de découvertes.

    Il peut donc à partir d’une gestuelle abstraite faire émerger des formes figuratives déjà-là, prêtes à être révélées, innervées par son intention.

    Le travail avec la lumière permet de représenter des instants qui ont eu lieu mais qui ont disparu avant même que le diaphragme de l’appareil se soit refermé.

    La photographie ne témoigne plus seulement de l’instant saisi mais garde une trace, tout comme en peinture, de l’épaisseur d’une architecture ou d’une végétation qui continuent d’être et d’un temps qui n’est plus.

    Mais Ruddy Candillon n’est pas seulement le peintre des lieux et des paysages. Il propose aussi des portraits électriques d’êtres humains en proie à un court-circuit et dont on ne sait si un système de fusibles arrêtera leur électrocution. Ces images témoignent d’une conception sujette à polémique d’un homme aux extensions électroniques, aux rêves d’une l’énergie sans faille, version plug-and-play de l’infatigable lapin Duracell.

    Jacky Chriqui, janvier 2001

    JPEG - 155.7 ko